Plus sobres, plus confortables : cap sur la rénovation des bâtiments

Pour atteindre les objectifs de réduction des consommations d’énergie fixés par les pouvoirs publics et œuvrer pour des bâtiments – enfin ! – réellement moins énergivores, il est indispensable d’engager un vaste plan de rénovation énergétique du bâti existant. Heureusement, les solutions, en termes techniques ou de financement, existent. Explications…

C’est déjà demain ! Alors que le réchauffement climatique est devenu une réalité et que les optimistes convaincus sont de moins en moins nombreux, les pouvoirs publics – dans la foulée de la COP 21 qui s’est tenue à Paris en 2015 – ont choisi d’accélérer. Fin 2017, le gouvernement a ainsi présenté un ambitieux plan de rénovation énergétiquees bâtiments, inscrit dans la droite ligne de la LTECV, la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte : la rénovation thermique est ainsi devenue une priorité nationale. La démarche est logique, tant le secteur du bâtiment représente une part importante des consommations globales d’énergie (voir Chiffres Clés).

En complément des objectifs fixés dans le cadre de la LTECV (baisse de la consommation primaire d’énergie fossile de 30 %, d’ici 2030 et par rapport à 2012), le plan rénovation énergétique vise à transformer en profondeur le parc français. La volonté est à la fois de rénover 500 000 logements par an (toutes les « passoires thermiques » du parc privé devant être rénovées en 2025) et de réduire la consommation énergétique finale. Concrètement, l’ensemble du parc de bâtiments devra atteindre le niveau de performance BBC – Bâtiment Basse Consommation – d’ici 2050. Le message est donc clair : il faut rénover vite et mieux ! L’enjeu est écologique bien sûr, mais aussi social, un grand nombre de foyers français ayant des difficultés financières pour se chauffer. Et rénover, c’est aussi valoriser le bâti et agir favorablement sur le confort des occupants, qu’il s’agisse de logements ou de bureaux.

Des solutions techniques efficaces

Bien heureusement, ces objectifs ambitieux peuvent être atteints. Car rénover de manière efficace des bâtiments anciens est techniquement possible. Concrètement, deux leviers d’action sont privilégiés : intervenir sur le bâti et/ou sur la production du chauffage, sa distribution et le pilotage des systèmes associés. Côté bâti il s’agit notamment, comme dans une maison particulière, d’installer des ouvertures performantes (double voire triple vitrage) ou d’améliorer l’isolation en optant par exemple pour l’ITE (Isolation thermique par l’extérieur) en prenant garde à préserver la qualité de l’air intérieur avec des systèmes de ventilation mécanique contrôlée (VMC) performants.

Le pilotage joue également un rôle essentiel dans l’efficacité énergétique globale. Des « smart solutions », comme une GTC (Gestion technique centralisée) ou une GMAO (Gestion de maintenance assistée par ordinateur), associant capteurs et outils informatiques, permettent ainsi de suivre en temps réel les consommations (électricité, eau, gaz…) et d’intervenir de manière simple et rapide pour les optimiser. Par exemple, en cas de consommation anormale, le gestionnaire est immédiatement alerté et peut donc prendre sans délai les mesures correctives pour éviter toute dérive.

FOCUS

Le CPE, une approche contractuelle innovante et adaptée

Reste que rénover en profondeur un bâtiment représente un coût non négligeable. Mais, sachant que 75 % du coût global d’un bâtiment est engagé après sa livraison et principalement lié à son exploitation et aux consommations d’énergies, une formule s’est largement démocratisée ces dernières années. Lancé en 2009, le Contrat de Performance Énergétique – le fameux CPE – facilite en effet la décision d’investissement des donneurs d’ordre, collectivités, bailleurs, industriels…

Considéré comme un levier clé pour agir, le CPE liant un maître d’ouvrage et une société de services énergétiques présente de multiples avantages. D’une part, il implique une approche globale : à l’état des lieux préalable succèdent les travaux d’optimisation des installations et du bâti et, le plus souvent, la mise en place de systèmes innovants de mesure et de pilotage intelligent. D’autre part, ce type de contrat donne une visibilité réelle au donneur d’ordre : le prestataire s’engage en effet sur la performance et le volume de réduction des consommations d’énergie globales. Et si les objectifs ne sont pas atteints, il devra assumer les conséquences financières.

En clair, une part significative du coût des travaux est allégée par les économies d’énergie réalisées, l’atout étant bien sûr de valoriser et de pérenniser le bâti. Ce modèle s’applique aussi bien au tertiaire qu’au résidentiel, pour des donneurs d’ordre publics ou privés. Ces derniers mois, émerge une nouvelle génération de contrat, baptisée CPE 2.0 ou Contrat de Performance des Usages Building® car il est centré sur les usages. Le principe est de privilégier une approche globale et sur-mesure : si l’efficacité énergétique est bien sûr l’enjeu majeur, l’objectif est de mener une rénovation énergétique qui s’adapte à différents modes de travail en prenant en compte le confort des utilisateurs tout en rationalisant les espaces afin d’optimiser les coûts, immobiliers et d’exploitation.

La rénovation énergétique en 4 chiffres clés

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FOCUS

Une baisse de 30 % des consommations dans 140 écoles parisiennes

Améliorer sensiblement la performance énergétique de 140 écoles dans le cadre de son Plan Climat Énergie, tel est l’objectif de la Mairie de Paris, qui a signé en 2016 un CPE avec ENGIE Cofely et ARTELIA Bâtiment & Industrie. S’ils sont bien sûr adaptés aux spécificités techniques de chaque site, les travaux prévoient à la fois la rénovation des bâtiments (isolation extérieure ou intérieure, révision des menuiseries…) et des chaufferies, la mise en place d’un système intelligent de suivi et de pilotage à distance des performances énergétiques et l’installation de technologies innovantes (objets connectés…) pour rendre les bâtiments plus intelligents et moins énergivores.

Deux ans après la signature du contrat, alors que les travaux s’achèvent, les chiffres montrent l’ampleur du projet : 52 000 m2 de menuiseries révisées, 20 500 m2 de combles isolés, 53 chaufferies modernisées, 24 façades isolées, par l’intérieur ou l’extérieur, 9 160 luminaires LED et 6 800 vannes thermostatiques pilotables à distance installés…

Le résultat de ce projet ambitieux ? Une baisse de 30 % des consommations et un confort amélioré pour les écoliers parisiens !

Et demain ?

La démocratisation du CPE et la création du CPE Usages sont des signes que les choses avancent et que la rénovation énergétique a le vent en poupe. Ce ne sont pas les seuls : ainsi, les pouvoirs publics mettent actuellement la dernière main à un nouveau label, FAIRE (Faciliter, Accompagner et Informer pour la Rénovation Énergétique). Porté par l’ADEME, il concerne essentiellement le logement, individuel et collectif, et permettra de repérer les sociétés et prestataires capables de réaliser une opération de rénovation énergétique efficace.

En parallèle, le secteur du bâtiment connaît actuellement un « BIM bang » avec le recours tous azimuts au Building Information Modeling. Loin d’être un gadget, cette représentation numérique en 3D du bâtiment, réalisée en amont, permet d’optimiser la conception pour limiter les besoins en énergie, garantir le confort des occupants, anticiper les futures actions de rénovation… Complémentaire à la démocratisation de l’internet des objets (IoT) qui permet d’installer aux quatre coins des bâtiments des capteurs assurant un pilotage centralisé, il montre que les sociétés spécialisées ne cessent d’innover pour trouver des solutions pérennes et performantes. Et ce ne sont pas les usagers, les bailleurs ou la planète qui vont s’en plaindre !

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