La data, enfant prodige du numérique

La data, avec le Big Data, est au centre de l’actualité économique, la collecte d’informations et de données n’a pourtant rien de nouveau. C’est l’arrivée de la technologie qui a fait exploser la quantité de données produites et la nécessité de moyens pour la stocker et la gérer.

En 1884, Hermann Hollerith invente la « tabulatrice à cartes perforées » pour aider au recensement de la population américaine ; une machine qui lui permet de fonder quelques années plus tard la Tabulating Machine Company, qui deviendra IBM en 1917. Pour l’anecdote, le recensement cette année-là ne prendra « que » 3 ans au lieu de plus de 10 avec les procédés utilisés auparavant.

La croissance de la population et des données personnelles qui lui sont rattachées au début du XXe siècle nécessitent un référencement plus structuré et plus complet. La recherche scientifique, elle aussi, connaît un essor important et les bibliothèques sont les premières à développer un système de stockage et de référencement des publications et ouvrages.

Mais le véritable boom des données, qui sera nommé « explosion de l’information », intervient plus tard, dans les années 60. C’est à cette période que la plupart des entreprises commencent à se doter de systèmes informatiques centralisés pour optimiser leur système d’inventaire.

Au milieu des années 70 sont conçus les premiers systèmes de planification des besoins en matériel pour aider les entreprises manufacturières à mieux organiser et planifier leurs données. Process métiers et comptabilité font l’objet de toutes les attentions, et c’est à ce moment que des entreprises comme Oracle (et le SQL) ou SAP font leur entrée dans le secteur, prémices de la Business Intelligence ou BI.

A la fin des années 90, le recours aux systèmes informatiques et logiciels se systématise dans l’entreprise pour intégrer les domaines de la fabrication, la distribution, la finance, les ressources humaines, la gestion des stocks, du transport, etc.

Les données explosent littéralement à l’arrivée du World Wide Web ou Internet, en 1995. Naît alors la « business intelligence » avec les nouveaux défis engendrés par toute cette data. C’est l’avènement du Big Data, (littéralement « mégadonnées ») qui désigne « des ensembles de données tellement volumineux qu’ils en deviennent difficiles à traiter avec des outils classiques de gestion de bases de données ou de gestion de l’information ».

La data en chiffres

de données sont créés chaque seconde
50000 Go

de données sont créés chaque seconde

des données créées l’ont été au cours de ces deux dernières années
90 %

des données créées l’ont été au cours de ces deux dernières années

des données disponibles ne sont pas analysées
88 %

des données disponibles ne sont pas analysées

de développeurs travaillent dans le monde à l’élaboration d’outils IA et Big Data
6 M

de développeurs travaillent dans le monde à l’élaboration d’outils IA et Big Data

La data révolutionne la société

L’IoT (Internet of Things) a fait exploser les données dans le monde professionnel. Chez les particuliers aussi, les sources de data sont infinies et les données qu’elles génèrent indicibles. Le Big Data conceptualise ces volumes et ses grands acteurs développent des solutions non plus seulement pour stocker ces données, mais aussi et surtout pour les exploiter.

Un chiffre : 2,5 trillions. C’est, en moyenne, la masse d’octets de données que nous produisons tous les jours. Des informations qui proviennent d’un peu partout : messages envoyés, vidéos postées, achats en ligne, signaux GPS, posts et commentaires sur les réseaux sociaux… Le Big Data consiste en l’analyse en masse de toutes ces données. Si certains le considèrent comme une troisième révolution industrielle, une chose est certaine : il s’agit d’un enjeu qui engendre un bouleversement profond dans notre société. A commencer par le boom des entreprises qui gravitent dans sa bulle.

Parmi les grands acteurs du Big Data, on retrouve évidemment les fournisseurs historiques de solutions IT comme Microsoft, Oracle, SAP, mais aussi les géants du Web dont Google, Yahoo, Facebook ou encore Twitter. Derrière ces entreprises collectrices se dessine un impressionnant écosystème de startups et sociétés spécialisées dans les infrastructures et l’intégration, l’analyse de données, les applications, les services… Indispensables alliées dans la valorisation des données, ces sociétés accompagnent la transformation digitale des entreprises et des industries. Un mot qui peut sembler désuet tant il a été utilisé, mais qui signifie, en 2018, que tout le monde est en ordre de marche pour un voyage guidé par la donnée.

C’est effectivement indéniable, nos modes de consommation, d’organisation, de vie ont évolué pour s’adapter à cette nouvelle donne. Et pour le monde de l’entreprise, c’est une profonde mutation. De la simple (r)évolution des process à la gestion du personnel ou de la relation client, les entreprises doivent sans cesse se réinventer. L’analyse en temps réel des données permet une plus grande réactivité, plus d’efficacité dans les tâches effectuées et, en contrepartie, moins de marge de manœuvre. La technologie a réduit le temps de traitement et d’action, tout va beaucoup plus vite. Trop vite ? Il est certain que ces transformations radicales demandent un effort important et des investissements dans la conduite du changement. De nouvelles manières de travailler apparaissent, les métiers évoluent, accompagnés d’outils de plus en plus sophistiqués qu’il faut apprendre à maîtriser. Dans l’entreprise, les relations internes comme externes sont fortement impactées par ces bouleversements : même en BtoB, la parole est donnée au client/consommateur, qui a repris le pouvoir. C’est l’ère de l’«expérience client», un nouveau paramètre déterminant pour les secteurs du marketing et de la communication, par exemple.

Mais, s’ils continuent de secouer le monde de l’entreprise, le Big Data, ses outils et les nouveaux comportements qu’il engendre représentent aussi de formidables leviers de croissance. Certains qualifie même la donnée d’« or noir » du XXIe siècle ! A l’image du pétrole, qu’il ne suffit pas d’extraire, les données en elles-mêmes n’ont que peu de valeur, il faut les analyser et leur donner du sens pour les valoriser. On imagine ainsi aisément l’impact des datas dans la relation client et les analyses de marché avec l’anticipation des besoins et la personnalisation des offres.

Reste un défi de taille à relever pour les entreprises : s’adapter efficacement aux opportunités offertes par le Big Data.

FOCUS

La data au service de la performance

Chez ENGIE Cofely, il est possible de déclencher une chaudière d’immeuble, de vérifier le fonctionnement d’une installation, d’ajuster une température, tout ça à distance. Et nous allons encore plus loin : nous sommes capables d’anticiper une dérive avant qu’elle ne se produise !

C’est le rôle de PREDITY, le centre de pilotage connecté d’ENGIE Cofely. En interaction directe et en temps réel avec les équipes techniques sur sites, aussi bien qu’en mode prédictif, ces centres permettent de mobiliser et mutualiser les expertises les plus pointues au service de l’exploitation, de la performance des installations et du bien-être des occupants.

Données et RGPD

Alors qu’est entré en vigueur fin mai 2018 le règlement général sur la protection des données (RGPD), la question de la place de la data dans ce nouveau cadre juridique est au cœur des préoccupations. Comment effectuer des traitements de données en masse tout en respectant les nouvelles règles établies par le règlement ? Quel impact sur la cybersécurité ?

Nous l’avons vu, le Big Data se caractérise notamment par la volumétrie des données, mais aussi par leur valeur. En effet, grâce à des outils d’analyse de plus en plus sophistiqués, le Big Data offre aujourd’hui des possibilités infinies d’exploitation de la donnée, de segmentation et de profilage. Or, le RGPD a consacré, au niveau européen, de nouveaux droits pour la personne et ses données, dont le droit à l’effacement ou « droit à l’oubli ». Ce qui peut compliquer le travail de traitement en Big Data. En effet, si une personne exerce son droit à l’oubli, le responsable de traitement doit prendre toutes les mesures possibles pour informer les tiers qui traitent les données publiées sous sa responsabilité, afin qu’ils procèdent à l’effacement de tous liens vers ces données et de toute copie ou reproduction de ces données.

Pour mettre ce nouveau règlement en œuvre, il convient aux DSI (Direction des Systèmes d’Information) d’anticiper et de respecter les obligations nouvelles du RGPD de façon à traiter les volumes de données en toute légalité. Pour ce faire, elles peuvent recourir aux services d’un Data Protection Officer (DPO).

En matière de cybersécurité, le Big Data est une arme efficace. La puissance de ses outils analytiques offre aux professionnels de la cybersécurité la capacité d’analyser différents types de données en provenance de sources diverses et de réagir en temps réel. Ces outils, qui classent l’information, permettent aussi de connecter toutes ces données. Il est ainsi possible de déjouer plus facilement les cyberattaques.

FOCUS

La data et la ville de demain

La ville de demain sera plus propre, plus économe en énergie, optimisée pour le confort et la circulation de ses habitants, elle sera smart. Et c’est le Big Data qui va permettre de l’essor de cette ville connectée.

Les principaux challenges de la smart city seront d’ordre économiques, énergétiques, sécuritaires et routiers. Et les solutions offertes par le Big Data sont infinies. À l’échelle d’un quartier, on peut déjà imaginer adapter l’éclairage urbain en fonction de la présence humaine détectée ou encore d’optimiser le trafic, et donc diminuer la pollution, grâce à des capteurs fixés sur les véhicules. Le BIM (Building Information Modeling) avec son écosystème de données intelligentes permet déjà, quant à lui, de penser le bâtiment du futur, mais aussi de donner une touche smart aux bâtiments non encore connectés.

Des smart cities ont déjà vu le jour et d’autres sont en passe de le devenir : on peut notamment citer la ville de Songo, en Corée du Sud, Malmo en Suède ou encore Masdar City à Abu Dhabi.

Avec un marché qui pourrait atteindre les 400 milliards de dollars d’ici à 2020, la ville intelligente de demain semble n’avoir qu’une limite : l’imagination.

Un futur encore plus «intelligent»

Si les données sont omniprésentes dans nos vies, leur exploitation n’en est qu’à ses balbutiements. On estime ainsi aujourd’hui que 88% des données collectées ne sont pas analysées et que leur volume va être multiplié par 10 d’ici à 2020.

Parmi les applications les plus prometteuses du Big Data, on retrouve son alliance avec l’intelligence artificielle (IA). Autopilote, progiciels, conquête de l’espace… quand l’intelligence artificielle rencontre la puissance informatique du Big Data, les fans de science-fiction se prennent à rêver ! D’autant que l’IA est déjà très présente dans l’industrie qui l’utilise combinée aux technologies du Big Data pour la prise de décision « intelligente » et plus d’agilité. C’est cette convergence qui sera l’étape suivante naturelle – et révolutionnaire – pour le Big Data.

A l’avenir, l’intelligence artificielle sera partout et utilisée pour tout : extraire du sens, calculer des résultats encore plus précis, permettre des prises de décisions plus rapides… tout cela à partir de sources de données en masse. Big Data et IA travailleront main dans la main pour le développement de l’économie et celui de la planète. Cette alliance pourrait permettre de surmonter des défis humains mondiaux comme le chômage, l’environnement, l’économie, la sécurité, l’éducation et même la santé.

Du côté des entreprises, nous l’avons vu plus haut, le Big Data est synonyme d’une multitude de bouleversements, qu’ils soient d’ordre économiques ou professionnels. On imagine déjà recruter des hordes de data analystes gérer la donnée, or il semble pourtant clair qu’à la vitesse où vont les choses et grâce au machine learning (ou apprentissage automatique), l’intelligence artificielle sera très bientôt prête à répondre à ce besoin. Preuve à l’appui, les robots ou « bots » effectuent de plus en plus de tâches dans les usines, les bureaux (chatbots) et même à la maison, avec les assistants vocaux. Des robots qui ont besoin d’être suivis et dont les systèmes doivent être sans cesse améliorés. On pourrait ainsi imaginer que le métier de « coach de robot » fasse son apparition dans les années à venir. Les hommes se concentreront sur des tâches à forte valeur ajoutée et devront toujours faire face aux situations imprévues par les machines.

De façon générale, de nombreux secteurs professionnels, sinon tous, vont être impactés par des applications d’intelligence artificielle. Au total, un rapport du MIT estime d’ailleurs que l’avènement de l’IA pourrait créer 21 millions d’emplois.

La troisième nouvelle «grande technologie»

En résumé : l’IoT fournit les données que l’Intelligence Artificielle analyse, apprend et utilise pour agir. Un lien fort et indispensable que les deux partagent avec la blockchain (chaine de blocs), une technologie de stockage et de transmission d’informations protégée contre la falsification ou la modification par cryptographie. Chaque enregistrement de la base de données forme un « block » (ou bloc) et contient des détails tels que la date de transaction et un lien vers le bloc précédent. Une innovation déterminante pour les transactions financières, les banques et l’économie d’une manière générale.

Aujourd’hui, il peut sembler que nous interagissons plus avec des machines qu’avec des êtres humains et que ce sont des algorithmes qui dirigent le monde. Ce qui est paradoxal, car Big Data et intelligence artificielle ne peuvent pas fonctionner sans l’Homme et n’ont aucun sens sans lui. Il nous appartient de faire vivre l’innovation et de continuer à imaginer sans uniquement se fier à des schémas programmés.

S’il faut rester vigilant sur les dérives possibles de ces nouvelles technologies, il ne tient qu’à nous de faire de ces puissants outils des opportunités au service de l’humain.

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